Article paru dans la revue espagnole Ser Humano
- sandrinebuzenet
- 26 avr. 2023
- 6 min de lecture
En 1999, Bert Hellinger, fondateur des Constellations Familiales et promoteur d’un renouveau dans les principes de base de la psychothérapie, donna son premier stage en Espagne et c’est alors que je l’ai rencontré pour la première fois. Né en Allemagne en 1925, il a étudié la philosophie, la théologie et la pédagogie ; durant les 16 années qu’il a passées comme missionnaire catholique en Afrique du Sud, il a pu observer le fonctionnement interne des villages africains et a constaté que certains ordres (appartenance et hiérarchie) dans le système familial étaient indispensables afin que l’amour circule librement entre les différents membres. De retour en Europe et ayant défroqué, il étudie la thérapie primaire, l’analyse transactionnelle, la Gestalt, la PNL, l’hypnothérapie et le psychodrame et après avoir exercé un temps comme psychanalyste il crée son propre modèle de thérapie familiale, les Constellations Familiales.
Révéler les dynamiques inconscientes
Le travail avec les Constellations Familiales permet de révéler les dynamiques et les implications inconscientes du système familial qui nous influencent et engendrent des difficultés relationnelles ou professionnelles, entrainent des maladies ou des symptômes récurrents et sont souvent en lien avec des destins tragiques. Ainsi, selon l’ordre de l’appartenance aucun membre de la famille ne peut être exclu sans que cela ait des conséquences, notamment pour ceux qui viennent après, les enfants ou les petits-enfants. Dans certaines familles, les croyances du type « celui-ci est le bon, celui-là est le mauvais » en se référant à des membres de la famille, perdurent et passent de génération en génération. Ces jugements peuvent se maintenir parce que nous n’approuvons pas nos propres aïeux ni les faits tel qu’ils ont été ou sont. L’exclusion peut également se produire lorsque advient un événement très douloureux, par exemple la perte d’un bébé ou d’un enfant en bas âge, et que l’oubli constitue alors un analgésique à la douleur. Lorsque cela arrive, un des descendants se voit souvent porté inconsciemment à occuper la place de celui qui manque et à en adopter quelque fois les émotions.
Dans l’étape suivante, il s’agit donc de guérir les relations au sein de la famille en réintégrant ceux qui manquent et en leur donnant leur place, de manière à ce que tous les membres occupent la place qui leur correspondent dans le système, tout en tenant compte du principe de la hiérarchie : les parents viennent avant les enfants et les petits-enfants.
Le travail consistera donc à ce que la personne puisse reconnaître ce qui est et regarder ce qu’avant elle ne pouvait pas voir à cause d’un jugement, d’une douleur ou par loyauté. Ce que nous faisons pendant une constellation est voir, reconnaître et réconcilier ce qui avant était séparé.
Les faits comme base de travail
Pour travailler en constellations familiales, nous nous appuyons sur les faits connus qui ont eu lieu dans le système familial et non pas l’inverse : les constellations ne servent pas à révéler des faits ou des secrets familiaux. En ce qui concerne ces derniers, il faut prendre en compte que s’il existe un secret c’est qu’il a ou a eu une fonction dans le système. Vouloir révéler à tout prix un secret équivaudrait à ne pas respecter les personnes impliquées dans ce secret, à vouloir être meilleur qu’ils ont étés et donc les juger. Finalement, cela serait comme violer la Conscience Familiale. Par contre, ce qui peut et doit être fait, c’est que les générations ultérieures n’en pâtissent pas. Que le secret reste à la génération qui lui correspond et que les enfants, petits-enfants ou même arrière-petits-enfants en soient libérés. Dans ce sens, les constellations sont très utiles.
Les constellations ne servent pas non plus à vouloir modifier les faits, vouloir que ceci ou cela n’ait pas existé. Ce qui a eu lieu a eu lieu. En revanche, une fois encore, il s’agit que les générations ultérieures n’en subissent pas les conséquences. Ainsi, avec cette approche, nous laissons libres les personnes qui ont eu un destin difficile et nous rendons libres celles qui viennent après. Grâce à un regard nouveau, grâce à l’acceptation de ce qui fut ou ce qui est arrivé dans la famille, l’amour peut à nouveau circuler librement entre tous les membres de la famille, parents, grands-parents, enfants ou frères et sœurs, sans culpabilité, sans colère, sans jugement et donc sans douleur. Cette approche permet que chacun se libère des entraves du passé afin de suivre sa propre destinée.
À cet égard, ce conte en trois actes :
I. L’orage (La situation du passé)
Il était une fois un arbre luxuriant qui poussait dans un magnifique potager. Un jour un violent orage se déclara dans ce lieu et un éclair frappa l’arbre qui prit feu. L’émoi fut tel que les fruits les plus mûrs se détachèrent de l’arbre et tombèrent sur le sol. Ils furent ainsi sauvés de l’incendie.
II. Le Dialogue (La situation du présent)
Au bout d’un certain temps un des fruits regarda l’arbre brûlé et lui dit :
« C’est impossible que je provienne de toi. En plus, ta vilaine ombre m’empêche de grandir »
Et l’arbre lui répondit :
« L’éclair et le feu sont de l’histoire ancienne et tu en as été libéré. Si tu décides de grandir rien ne t’oblige à te laisser embraser par eux. Je serai heureux si tu grandis et qu’ainsi mon sacrifice n’ait pas été vain. Pour moi, ta mémoire et ton respect seront suffisants. »
III. La décision (La situation du futur)
Et le fruit décida de s’enraciner, il grandit et devint à son tour un nouvel arbre luxuriant.
Au bout d’un certain temps il fut heureux avec ses propres fruits auxquels, de temps en temps, il parlait avec respect et affection du vieil arbre, dont les restes calcinés servaient encore d’engrais pour sa propre croissance.
Une séance
Le premier impact est visuel : en atelier de groupe, la personne choisit des personnes et les place comme représentants des membres les plus significatifs de son système familial. On peut travailler de manière aussi efficace en séance individuelle et on utilise alors un autre support. C’est la première prise de conscience : comment les représentants sont-ils placés, qui regardent-ils ou ne regardent-ils pas, y a-t-il un mouvement ou est-ce une image statique ? Avec l’aide du thérapeute, la personne obtient une vision plus claire de ce qui est en train de se jouer et peut dès lors commencer à changer de perspective. Ensuite, au moyen de mouvements et de phrases curatives, le patient peut intégrer à son rythme un nouveau modèle de sa famille dans lequel chacun est à sa place et les différents membres se sont réconciliés et se sentent en paix.
Cela constitue le début d’une transformation, une porte d’accès vers la solution. La constellation ne « guérit » pas, le constelleur ne guérit pas ; c’est l’ensemble, la constellation et le thérapeute, qui ouvre un espace dans lequel la guérison devient possible pour le patient, en dénouant les crispations et les tensions. Nous pouvons parler d’autoguérison qui peut avoir lieu quand la personne accède à une vision juste du système familial. La constellation agit comme une impulsion vers la réconciliation, vers la solution et vers des relations plus harmonieuses.
Quelques fois une séance est suffisante, d’autres fois plusieurs étapes sont nécessaires. En ce qui concerne les séances individuelles, je recommande en général deux ou trois séances à un intervalle d’un mois afin de réaliser un suivi des changements chez la personne et d’aider à leur intégration.
Un exemple de loyauté
Une femme vient me voir pour une séance individuelle car elle a des difficultés avec son conjoint. À partir de ce qu’elle exprime, il apparaît clairement qu’ils s’aiment et désirent tous deux continuer la relation ; cependant, ils se disputent souvent et la séparation est envisagée. La constellation révèle la profonde loyauté de la femme envers sa propre mère et envers les femmes de son système familial. La mère - ainsi que la grand-mère- avait vécu une relation tourmentée avec son propre mari et ils s’étaient finalement séparés. En prenant appui sur les faits, nous voyons que les difficultés matrimoniales ont pour origines l’arrière-grand-mère, laquelle avait vécu des épisodes de violence avec son mari. Ainsi la femme, intérieurement et inconsciemment, dit aux femmes de sa famille : « si vous n’avez pas pu avoir une relation harmonieuse avec vos maris, je n’en aurai pas non plus, et ainsi je vous suis loyale ».
Ce type de schémas survient quand les enfants ne « voient » pas leurs parents tels qu’ils sont ; il s’agit d’un amour aveugle et non pas d’un amour éclairé. Quand ils arrivent à les voir réellement, ils se rendent compte que les aïeux sont toujours heureux quand les descendants ont un destin heureux et plus facile que ne fut le leur.
Ainsi, la solution dans l’exemple cité est que la femme puisse non seulement reconnaitre l’amour envers les femmes de sa famille mais aussi récupérer la force de se libérer des implications inconscientes, vivre son propre destin et s’en réjouir. C’est la meilleure façon d’honorer ceux qui nous ont transmis la vie.
Divers sujets peuvent être abordés : conflits ; difficultés à établir une relation de couple et à former une famille ; schémas répétitifs d’autodestruction ; addiction et troubles de l’alimentation ; maladies ou symptômes chroniques, accidents répétitifs ; dépression, manque de vitalité ; deuils ; destins difficiles ; échecs scolaires ; crises ou échec professionnel, difficultés dans l’entreprise, économie précaire.
Traduction de l’article de Sandrine Buzenet paru dans la revue espagnole SER HUMANO en 2003

Comments